[Mémoires culturelles] La Femme en 3 lieux & 3 temps

Crédit photo: www.grazia.fr

Ça faisait un bon moment que je souhaitais rédiger un article sur La Femme! Au cours des dernières années, j’ai pu voir la formation française en spectacle à 3 reprises et celle-ci a toujours su m’apporter de cocasses anecdotes. Il n’était donc pas question que je garde tout ça pour moi!

La découverte

Notre première rencontre se déroula en juin 2014 à Tourcoing dans le Nord de la France (je répète que je vivais dans cette région à ce moment-là). J’avais déjà entendu parler de La Femme auparavant, mais je n’avais jamais pris la peine d’écouter son matériel. Je ne m’étais attardée qu’à son visuel en me disant : « Bon, un autre groupe hipster! ». Et puis, je crois qu’un complot a été organisé afin que je sois confrontée à son œuvre. En effet, une amie française nous avait invités, des étudiants étrangers et moi, à l’accompagner au festival La Voix du Rock. Nous avions accepté de nous y rendre sans trop nous informer sur l’événement. Nous voyions là une simple occasion de nous réunir, de discuter et d’apprécier une musique en background.

Et lorsque nous arrivâmes sur les lieux, nous apprîmes 2 choses: 1) Notre amie française nous posait un lapin. 2) Les artistes en performance méritaient bien plus qu’une légère écoute. Pour ma part, La Femme fut ma grande révélation et celle-ci ne m’appartenait manifestement pas. Quelques mois plus tôt, la formation avait quand même remporté la Victoire de l’album révélation de l’année pour Psycho Tropical Berlin (à voir: son insolite interprétation de “Sur la planche” lors de la remise de prix). Je ne saurais décrire en détail la prestation du groupe, puisqu’elle date (déjà!) de près de 4 ans à la rédaction de ces lignes. Toutefois, je pourrais dire que je fus marquée par l’attitude “bad ass” des membres ainsi que par le piétinement de la foule en délire.

Avec Mathilde et Petr avant que les performances ne débutent.

La débauche

Nos chemins se croisèrent à nouveau en octobre 2014 au Cercle de Québec (lieu de diffusion qui a malheureusement annoncé sa fermeture en décembre 2017). J’avais pu repérer que La Femme devait effectuer une tournée sur le territoire nord-américain et, y étant de retour, je souhaitais absolument revoir le groupe et le faire découvrir à mon entourage. Croyant qu’il ne ferait qu’un arrêt dans la vieille capitale lors de son passage au Québec, je m’étais empressée de réserver ma place quand bien même que je résidais à Montréal (et évidemment, quelques jours plus tard, un concert émergea dans la métropole…!).

Une fois de plus, mes souvenirs du spectacle s’avèrent plutôt flous, en particulier puisque qu’une assez grande quantité d’alcool fut au rendez-vous. C’était un lundi soir, je retrouvais une amie que je n’avais pas vue depuis plusieurs semaines et nous nous soucions très peu du lendemain. Nous avions envie de danser, boire et fumer. D’ailleurs, alors que nous étions en train de consommer quelques cigarettes avant le début du concert, ce fut assez amusant de voir Marlon Magnée, co-fondateur de La Femme, quémander vainement de la “beu” (du pot en bon québécois!) à mon amie qui ne connaissait nullement sa personne.

La soirée se passa exactement comme nous l’avions désiré. En première ligne devant la scène, nous exposions nos plus extravagants mouvements de danse tout en nous enfilant de bonnes bières. Le jour suivant fut un peu moins jojo. Ma gueule de bois et moi nous trouvâmes coincées à Québec sans argent et sans outil de communication (longue histoire…!) dans l’appartement de mon amie qui partit tôt en matinée pour le travail. Heureusement, le gentil garage du coin me permit d’utiliser son téléphone afin que je puisse me sortir de là et accomplir mes propres devoirs (merci encore, Jean Fina Services!). Je ne pourrais blâmer La Femme pour cette fâcheuse situation, mais disons que, la veille, sa musique m’avait grandement stimulée à lâcher mon fou, perdre mes moyens…!

Les difficiles retrouvailles

Je dus user de patience avant de voir la formation pour une troisième fois. À l’été 2016, elle performa aux FrancoFolies de Montréal en compagnie du groupe Bagarre, mais je ne pus intégrer l’assistance travaillant, à l’époque, de soir dans un café. D’ailleurs, en faisant une courte recherche, je fus un peu gênée d’apprendre qu’il s’agissait de sa 3e présence au festival, je m’en voulus de ne pas m’être intéressée plus tôt au phénomène. À l’automne de la même année, La Femme revint à Montréal afin de présenter son deuxième album Mystère au Théâtre Fairmont. Cette fois-ci, j’étais complètement fauchée lors de la vente de billets. J’avais éprouvé des difficultés professionnelles pendant la période estivale et je me refaisais tranquillement une santé financière. Lorsque j’eus suffisamment d’argent pour me procurer un billet, le concert s’annonça sold out (mais à ce qu’il paraît, le son était dégueulasse, donc tant pis).

Ce qui nous amène au 25 octobre 2017! La Femme passait au Théâtre Corona de Montréal et, n’ayant pas dégainé ma carte de crédit assez rapidement, je me retrouvais à nouveau sans billet. Mais coup de théâtre: alors que je plongeais dans le désespoir quelques heures avant la représentation, le diffuseur libéra miraculeusement des entrées. Je ne perdis pas une seconde, j’en achetai une et changeai tous mes plans pour la soirée. J’arrivai sur les lieux un peu après l’ouverture des portes/un peu avant l’entrée en scène et, à ma grande surprise, la première partie fut déjà amorcée. Il faut dire qu’il est plutôt rare qu’un concert montréalais soit à l’heure et très rare qu’il soit à l’avance…! Pendant quelques secondes, je pensai même qu’il s’agissait d’un test de son, cette hypothèse m’apparaissant plus plausible.

Jacques se chargeait de cette première partie. Je ne possède pas une folle attirance pour l’électro, mais j’étais plutôt curieuse de voir cette bibitte musicale en action après l’avoir repérée dans une entrevue de VICE Québec et une live session de Bruxelles Ma Belle. L’artiste su créer un véritable laboratoire sur scène. Il fut très impressionnant de le voir réaliser toutes sortes d’expérimentations à l’aide d’objets du quotidien et de lumineuses machines électroniques installées verticalement autour de lui. Grande parenthèse: Le 19 décembre 2017, Jacques prit la décision de se retirer de la scène pour une période indéterminée. La veille, le jour de son 26e anniversaire, l’artiste se fit voler la quasi-totalité de son matériel et profita de cette situation pour mettre un frein à ses activités. À suivre!

Pendant l’entracte, je me servis une bière et me mis à explorer mon environnement. Tout d’abord, j’accordai une attention particulière à l’apparence des spectateurs. Je réalisai que La Femme dégageait une sorte de liberté esthétique qui permettait au public d’oser; de porter des vêtements et accessoires audacieux, de se foutre de la question du genre, etc (d’après moi, son titre Si un jour traduit assez bien cette liberté). Ensuite, mon regard se tourna vers le caractère ancien de la salle de spectacle et plus particulièrement vers la fresque qui décorait le plafond. Je la trouvais jolie, mais, estimant qu’il s’agissait d’une peinture romaine, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle ne reflétait pas du tout l’histoire de Montréal. Cette réflexion me faisait plutôt sourire (plus tard, j’appris qu’il s’agissait d’une fresque allégorique d’Emmanuel Briffa, auteur de la décoration de plus de 150 théâtres en Amérique du Nord au début du 20e siècle… fait assez sérieux, quoi!).

Une fois mon investigation visuelle terminée, La Femme s’installa sur la scène et débuta en force avec de grands succès, tels que Sphynx, Mycose et Où va le monde?. Bien que la formation soit majoritairement composée d’hommes, je trouvai la présence féminine nettement plus éclatante dès les premières minutes du concert. Je fus évidemment renversée par la performance de Clémence Quélennec, chanteuse principale de La Femme. L’artiste démontra vite que, malgré son corps fin et son visage de poupée, elle ne manquait pas de caractère. Elle su captiver la foule avec son regard perçant et sa voix se modelant à tous les airs. Elle se livra entre autres à des passages rapés et même screamés. « Elle hurle vraiment bien! », pensai-je à un certain moment. De plus, j’accueillis avec enthousiasme l’apparition d’une seconde musicienne au sein de La Femme. Assignée à la basse, je jugeai qu’elle avait de la gueule et qu’elle correspondait parfaitement à l’esprit du groupe.

Le concert s’avérait un parcours sans faute jusqu’à ce que des longueurs montrèrent le bout de leur nez. Tout d’abord, la présentation des musiciens, qui commença de manière assez sympathique avec la déambulation de Clémence et d’une caméra portative, se transforma en un long moment de déconnage durant lequel le public ne semblait pas totalement inclus. Par la suite, La Femme entonna des pièces un peu moins intéressantes qui diminuèrent considérablement la fougue ambiante (je pense entre autres à une mystérieuse pièce traitant de l’Acadie qui me rappela amèrement Tous les Acadiens de Natasha St-Pier).

À ces longueurs, s’ajoutèrent progressivement des comportements discutables de la part du public; des coups de pieds par ici, des téléphones excessifs par là. Enfin, je développai une relation amour-haine avec un spectateur que la formation invita sur les planches. Il y resta le temps d’une chanson, puis d’une autre et puis d’une autre… Autrement dit, sa participation fut un peu trop longue à mon goût. J’appréciais le voir danser d’un bout à l’autre de la scène et vivre à fond cette expérience unique, toutefois j’aurais préféré qu’il se limite, du moins en termes de temps, par respect pour La Femme et son public (le désolant article de Feu à volonté « Mac DeMarco : Quand des idiots ruinent le show » se joignit alors à mes mauvais souvenirs).

Malgré le fait que le concert se termina plutôt en queue de poisson, je ne regrettai en aucune manière d’y avoir assisté. Il me fut évidemment plus facile de décrire les désagréments des derniers instants que de mettre des mots sur la joie intense qui m’habita pendant la majeure partie du temps. Il a définitivement valu le coup d’attendre 3 ans pour revoir La Femme en spectacle et je songe déjà à nos (délirantes) prochaines retrouvailles. : )

La Scèneuse

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